Le contrat qui lie un recruteur indépendant à son collectif tient rarement en plus de dix pages. Quatre ou cinq clauses y concentrent tout ce qui compte, et ce sont rarement celles qu'on lit en premier.
Ce guide passe en revue les clauses qui déterminent votre liberté commerciale, votre revenu et vos conditions de sortie, avec la formulation à rechercher et celle qui doit vous alerter.
Un contrat commercial, pas un contrat de travail
Selon les structures, le document s'appelle contrat de partenariat, contrat de prestation, convention d'apport d'affaires ou contrat de collaboration. Le nom importe peu. Ce qui compte est l'absence de lien de subordination : ni horaires imposés, ni objectifs contraignants, ni pouvoir disciplinaire.
Ce point n'est pas cosmétique. Un contrat qui impose des horaires, un reporting quotidien obligatoire et des objectifs sanctionnés peut être requalifié en contrat de travail par un juge. La requalification protège le recruteur, mais elle survient généralement après un conflit, plusieurs mois de procédure et beaucoup d'énergie perdue.
Les clauses qui déterminent votre liberté commerciale
L'exclusivité
Certaines structures interdisent toute activité de recrutement en dehors du collectif. D'autres l'autorisent sans restriction. Entre les deux, on trouve des formulations qui autorisent l'activité externe sous réserve d'accord préalable, ce qui revient souvent à une interdiction déguisée.
La formulation à rechercher est explicite : le recruteur conserve la liberté d'exercer pour son propre compte. Si une exclusivité existe, elle doit être compensée par un volume de mandats garanti, sinon l'équilibre du contrat penche lourdement d'un côté.
La clause de non-concurrence
Elle vous interdit d'exercer une activité concurrente pendant une durée déterminée après la sortie. Dans un contrat commercial entre indépendants, elle est licite si elle reste limitée dans le temps, dans l'espace et dans son objet, et si elle ne vous empêche pas d'exercer votre métier.
Une clause qui vous interdit tout recrutement en France pendant deux ans vous empêche d'exercer. Plusieurs collectifs français ont fait le choix de n'en imposer aucune, en assumant que retenir un recruteur par contrat n'a jamais retenu personne longtemps.
La propriété des clients
La clause la plus structurante et la plus souvent floue. Trois catégories doivent être traitées séparément : les clients que vous apportez, les clients que la structure vous confie, et les clients que vous développez pendant votre présence.
Le cas litigieux classique : un client que vous connaissiez avant d'entrer, mais qui figurait déjà dans le CRM de la structure. Sans règle écrite d'antériorité, ce dossier se règle au rapport de force au moment du départ. Faites annexer la liste de vos clients existants au contrat, datée et signée des deux côtés.
La propriété des candidats et des données
Votre vivier constitue une partie de votre valeur. Si vous alimentez l'ATS du collectif pendant trois ans, que récupérez-vous en partant ? La réponse va de l'export complet de vos dossiers à rien du tout, et elle est rarement posée avant la signature.
Le sujet a une dimension réglementaire : les candidats sont des personnes physiques dont les données sont protégées. Le contrat doit préciser qui est responsable de traitement, qui est sous-traitant, et ce qui advient des données à la sortie.
| Clause | Formulation favorable | Signal d'alerte |
|---|---|---|
| Exclusivité | Liberté d'exercer pour son propre compte | Accord préalable requis pour toute activité externe |
| Non-concurrence | Absente, ou limitée à une verticale et à douze mois | Interdiction générale sur tout le territoire |
| Clients apportés | Liste annexée au contrat, datée et signée | Règle d'antériorité non écrite |
| Données candidats | Export complet garanti à la sortie | Silence total du contrat |
| Rétrocession | Base de calcul explicite et taux annexés | Grille modifiable unilatéralement |
| Impayés | Perte supportée par la structure ou partagée | Remboursement intégral par le recruteur |
| Préavis | Un à trois mois, symétrique | Six mois ou plus, ou durée asymétrique |
| Dossiers en cours | Rémunération due sur les placements postérieurs au départ | Perte de tout dossier non facturé |
Les clauses qui déterminent votre revenu
La révision de la grille
Une grille de rétrocession annexée au contrat peut être modifiée. La question est de savoir comment. Une clause qui permet à la structure de réviser les taux unilatéralement, avec un simple préavis d'un mois, vide le reste du contrat de son intérêt.
La formulation acceptable prévoit un accord écrit des deux parties, ou à défaut un préavis long assorti d'un droit de sortie sans pénalité. Le principe est simple : vous devez pouvoir partir si les conditions changent.
Le traitement des impayés
Si la structure facture le client et que celui-ci ne paie pas, qui supporte la perte ? Trois régimes coexistent sur le marché : la structure assume, la perte est partagée au prorata de la rétrocession, ou le recruteur rembourse ce qui lui a été versé.
Le troisième régime est défendable si vous choisissez vos clients librement. Il ne l'est pas sur un mandat que la structure vous a confié sans que vous ayez qualifié le client. La distinction doit figurer au contrat.
La garantie de remplacement
Si le candidat quitte le poste pendant la période de garantie, vous remplacez sans facturer ou le client est remboursé. La question contractuelle est de savoir si votre rétrocession déjà perçue est reprise, étalée ou déduite d'un placement futur.
Les clauses qui déterminent votre sortie
Durée et préavis
Un contrat à durée indéterminée avec un préavis d'un à trois mois constitue la norme saine. Un engagement ferme de douze ou vingt-quatre mois se rencontre chez les structures qui investissent lourdement dans l'onboarding, mais il doit alors s'accompagner d'engagements symétriques de leur part.
Vérifiez la symétrie du préavis. Un contrat qui vous impose trois mois et autorise la structure à rompre en quinze jours n'est pas équilibré.
Le sort des dossiers en cours
Trois options existent : vous conservez la rémunération sur tout placement intégrant un candidat que vous avez présenté, la rétrocession est réduite sur ces dossiers, ou vous perdez tout. La première option est la plus fréquente dans les structures établies, et l'absence de clause écrite conduit presque toujours à la troisième dans les faits.
- Contrat transmis avant tout engagement moral
- Grille de rétrocession annexée et modifiable d'un commun accord
- Liste des clients apportés annexée et signée
- Préavis identique pour les deux parties
- Sort des dossiers en cours explicitement défini
- Export des données garanti à la sortie
- Contrat communiqué après l'accord de principe
- Révision unilatérale de la grille avec préavis court
- Non-concurrence générale sans limite géographique
- Remboursement intégral des impayés par le recruteur
- Silence complet sur les données candidats
- Objectifs chiffrés assortis de sanctions
- Nature : contrat commercial entre indépendants, sans horaires imposés ni pouvoir disciplinaire.
- Clients apportés : faites annexer la liste datée et signée, la règle d'antériorité ne s'improvise pas au départ.
- Révision de la grille : refusez toute modification unilatérale sans droit de sortie associé.
- Impayés : le régime doit distinguer les mandats que vous avez signés de ceux qu'on vous a confiés.
- Dossiers en cours : la clause la plus coûteuse et la moins négociée, à traiter avant de signer.


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